




Les concepteurs-distributeurs distribuant exclusivement leurs propres marques gagnent des parts de marché face aux enseignes multi-marques (hard discount vs hypermarchés, IKEA vs Conforama, Decathlon vs Intersport, etc.).De H&M ou Zara, à Ikea, Nespresso, Dell, Gap ou Starbucks Coffee, ces enseignes couvrent tous les types de produits, et sur-performent les rythmes de croissance des secteurs dans lesquels elles évoluent. Elles offrent aux consommateurs une expérience d'achat unique, ne s'embarrassent pas des "logiques" sectorielles habituelles, et réinventent leur métier. Ikea fait fabriquer ses produits dans des usines de caddies ou de seaux en plastique. Alors qu'il est communément admis que six à huit semaines de délais sont raisonnables pour la livraison d'un meuble, Ikea le rend immédiatement disponible, mais vous impose de le transporter, et même de le monter. Et, pour cela, invente les paquets plats, les systèmes de montage simplifiés, et les magasins qui vont avec. Dans leur domaine, Zara et H&M créent des modèles performants, mais très différents. Là où H&M utilise la publicité, Zara y renonce. Lorsque Zara maîtrise en Espagne la fabrication de ses modèles clés, et instaure des circuits très réactifs avec les magasins, H&M privilégie les séries courtes et la fabrication lointaine. Loin d'être incohérentes, comme pourrait en juger un analyste sectoriel orthodoxe, ces différences forgent les performances particulières, et toutes exceptionnelles, de ces deux acteurs.
Le modèle de concepteur-distributeur est performant parce qu'il n'optimise pas successivement le modèle économique du concepteur puis celui du distributeur, mais les combine. En clair, dans un modèle d'industriel-concepteur puis de distribution, chaque acteur optimise son compte d'exploitation dans sa sphère seulement, avec de fortes contraintes (l'industriel n'a généralement qu'un type d'usine, le distributeur doit concevoir un magasin adapté à tout type de produit). Dans le modèle de branded retail, le concepteur-distributeur conçoit en même temps le produit et sa distribution ; il optimise simultanément l'ensemble de la chaîne de valeur. Il dispose même pour cela d'un accès à des milliers d'usines du grand atelier mondial qui lui offrent des possibilités de réponses quasi infinies, et parallèlement, il peut inventer un magasin totalement dédié à son seul produit, dans lequel les services, la présentation, les prix, l'animation, l'accueil forment une expérience unique, cohérente, simple, avec un choix limité donc facilité. Les autres types de distribution avec leurs choix pléthoriques, mais peu lisibles, sont à la peine. Les concepteurs- distributeurs forgent des modèles originaux (H&M et Zara abandonnent les collections, notion fondatrice de la mode), offrent un rôle de co-concepteur au consommateur (Ikea pour le montage du meuble, et Dell pour la configuration de l'ordinateur), donnent un coup de vieux à tous leurs concurrents, en paraissant éminemment différents. Plus largement, ils recrutent les consommateurs plus encore qu'ilsne leur vendent des produits. Ils les font entrer dans un système de pensée, et les rendent captifs, aux dépens de toutes les autres marques. Le magasin ou le site de vente en ligne d'Apple est la destination pourmes cadeaux. Le magasin Zara est visité tous les quinze jours. Je ne conçois plus mon café en dehors de Nespresso. J'ai le réflexe Ikea lorsque je cherche un produit pour la maison, et je ne comprends plus que les autres distributeurs n'aient pas le produit en stock. En outre, les concepteurs-distributeurs sont mieux armés pour la croissance internationale que les enseignes traditionnelles. En effet, l'internationalisation d'une marque qui se déploie avec sonconcept de distribution intégré est possible même là oùla distribution est peu puissante et déstructurée. La montée en puissance des économies émergentes a pleinement bénéficié à ces acteurs. En outre, ces trois forces convergent et se renforcent mutuellement. Lorsque Decathlon favorise sa propre marque de chaussure, il donne raison à Nike de développer ses Nike Town ou ses magasins d'usines, et Decathlon lui même se trouvedès lors encouragé dans cette stratégie. Enfin, le succès des concepteurs-distributeurs exerce un effet d'attraction sur toute la distribution. Et Conforama s'est pris à rêver d'être Ikea.

Dès lors que les distributeurs pensent à concevoir un produit pour un consommateur, et pas uniquement à l'acheter à un industriel ; dès lors qu'un industriel imagine aller au contact de son consommateur en ouvrant un magasin, leurs capacités à imaginer des réponses performantes sont démultipliées par ce couplage. Tout simplement parce qu'au lieu d'optimiserune offre dans chaquemétier (concevoir ouvendre), il l'optimise sur 100% du prix de vente.Or, vous le savez, l'optimum global estmeilleur que la somme des optimums.
Le branded retail construit les marques plus efficacement. Les marques, qui s'expriment traditionnellement dans le mix - produit, packaging, prix, communication - sont désormais incarnées par le point de vente et les vendeurs en contact direct avec les consommateurs. Les coûts de transaction entre le producteur et le distributeur sont réduits et la relation entre les deux ne souffre pas des déséquilibres de rapport de force qui pénalisent dans la durée le dynamisme et l'efficacité des filières. En portant une marque, le parc de magasin est plus cohérent et favorise les économies d'échelle. Le lien direct au consommateur permet un suivi permanent et très concret des attentes et des comportements des clients, ce qui confère un avantage concurrentiel pérenne. De plus, ce modèle crée des barrières à l'entrée car il verrouille un réseau captif et construit des savoir-faire différenciés.
Le branded retail construit lesmarques plus efficacement. Les marques, qui s'expriment traditionnellement dans le mix - produit, packaging, prix, communication - sont désormais incarnées par le point de vente et les vendeurs en contact direct avec les consommateurs. Les coûts de transaction entre le producteur et le distributeur sont réduits et la relation entre les deux ne souffre pas des déséquilibres de rapport de force qui pénalisent dans la durée le dynamisme et l'efficacité des filières. En portant une marque, le parc de magasin est plus cohérent et favorise les économies d'échelle. Le lien direct au consommateur permet un suivi permanent et très concret des attentes et des comportements des clients, ce qui confère un avantage concurrentiel pérenne. De plus, ce modèle crée des barrières à l'entrée car il verrouille un réseau captif et construit des savoir-faire différenciés.
Les stratèges et les analystes continuent à penser la distribution comme au temps de Félix Potin.
Tandis que les modèles économiques d'Ikea ou Picard se rapprochent, l'orthodoxie sectorielle ne perçoit pas cette réalité. De nombreux industriels-concepteurs considèrent que distribuer n'est jamais leur métier, et se mettent totalement entre les mains de distributeurs dont l'avenir passe par l'essor de leurs marques propres. Si ces industriels ont choisi de piloter des marques, comment peuvent-ils renoncer à ce moyen majeur d'entrer en contact avec le consommateur ? Certes, il est plus aisé de s'envisager distributeur lorsqu'on dirige une entreprise de textile ou dematériel de sport, que lorsque l'on est brasseur ou fabricant de pâtes alimentaires. Est-ce une raison suffisante pour renoncer ? Coca-Cola n'est-il pas l'inventeur d'un modèle original dans lequel il crée chaque fois que nécessaire ses propres "points de vente". Il installe, et gère,des distributeurs automatiques de canettes lorsque aucun point de vente n'est présent. Il met en place desmachines post-mix - dans ce cas la boisson est servie dans un gobelet avec glaçons - dans les McDonald's. Il travaille sa visibilité demanière ostentatoire partout ailleurs. Il crée ainsi une expérience de la marque complète de la conception à la distribution, prête pour cela à profondément revoir son produit et même son mode de fabrication !
De même que les années 1980 ont vu la disparition des grossistes, les années 2000 verront-elles la disparition des concepteurs-industriels et des purs distributeurs ? Bien sûr, toutes les marques d'industriels ne vont pas disparaître au profit d'un modèle unique convergent de branded retail. La tendance que révèle le branded retail se superpose à la réalité des marques traditionnelles présentes dans de nombreux réseaux. C'est un fait. A contrario, le branded retail est un phénomène structurel, puissant,multi-sectoriel et mondial. Il a englouti de nombreusesmarques et continuera à le faire. Ouvrir les yeux sur l'étendue et la diversité du champ concurrentiel auquel une activité est confrontée s'avère dans ce cas un exercice vital.


