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revue des marques numéro 61 - janvier 2008
 

Réduction à la source La preuve par l'exemple

Souvent montré du doigt, l'emballage ménager représente moins de 1 % des déchets produits en France. Depuis longtemps, les industriels mènent une traque permanente aux matériaux superflus pour en prévenir les déchets. La réduction à la source progresse encore et opère de nouvelles avancées. Exemples.

Par Benoît Jullien


Réduction à la source La preuve par l'exemple

"En matière d'environnement, le secteur de l'emballage est exemplaire et l'on en a fait pourtant l'un des symboles des dangers écologiques", regrette Olivier Labasse, délégué général du Conseil national de l'emballage (CNE).Cette exemplarité, le nombre d'opérations de réduction à la source des emballages recensées par le CNE en est une illustration. Depuis un an, dix-huit nouveaux cas ont été étudiés, permettant d'économiser 743 tonnes de matériaux d'emballage, soit un taux global de réduction à la source de 19 %, représentant 380 camions en moins sur les routes. Au total, 234 initiatives de la sorte analysées par le CNE,ont réduit de 9,4 % les emballages concernés : 72 770 tonnes de matériaux !

Mesuré pour 169 cas documentés sur le critère, l'impact de cette réduction à la source sur le transport a évité le recours à 4 732 camions."La diminution des déchets de matériaux,en conservant ou en améliorant les fonctionnalités de l'emballage, est notre priorité", explique Olivier Labasse, qui relève que les distributeurs se montrent particulièrement actifs en la matière sur leurs marques propres.
En partenariat avec l'Ademe et Eco-Emballages,le CNE a réactualisé son étude sur la prévention et la valorisation des déchets d'emballages, dont la période d'observation s'étend désormais de 1997 à 2006. Elle couvre huit marchés de produits de grande consommation,représentant 30 % des emballages ménagers, soit 1,3 million de tonnes par an. S'il apparaît que l'évolution du nombre des emballages est naturellement liée à celle de la consommation,cette étude confirme le réel "découplage",préconisé par l'Union européenne,entre la consommation des produits, qui a progressé de 6 % durant la période 1997-2006, et les tonnages d'emballages, qui ont diminué de 14 %. "Sans modification des conditionnements ou des caractéristiques des produits (comme la concentration des lessives), il y aurait eu, pour les huit marchés étudiés, 215 000 tonnes d'emballages utilisées en plus en 2006 par rapport à 1997, soit 16 %", note l'étude.

De l'écoconception à l'écoconsommation ?

Bref, "la réduction à la source est une réalité dans notre pays". Mieux encore, "elle s'accompagne d'un impact bénéfique sur tous les indicateurs environnementaux, dont les émissions de CO2", souligne Olivier Labasse. Toutefois, l'impact de la réduction à la source peut être masqué par d'autres facteurs, comme la croissance de la consommation, la substitution entre matériaux et les modifications de formats, liées à l'évolution des modes de consommation. Les processus de réduction à la source peuvent momentané-ment se heurter à une barrière dénommée "point critique". L'étude montre que l'impact du phénomène de réduction s'est ralenti dans la période 2000-2006 par rapport à la période 1997- 2000. Pour autant, selon le CNE, les exemples récents analysés dans les catalogues sont tout à fait encourageants, qui montrent un taux de réduction à la source plus important que la moyenne. Dans quelques cas comme celui des lessives liquides ou en poudre,les progrès techniques permettent de déplacer les points critiques.

En revanche,le poids unitaire de certains emballages a pu être augmenté, pour assurer de nouvelles fonctions ou une meilleure différenciation commerciale, notamment dans des catégories où l'évolution de la consommation est défavorable. Cette augmentation vient alors atténuer l'effet général de réduction à la source. Si le travail sur le poids unitaire des emballages relève souvent des avancées des industriels, en amont de la chaîne, la réussite des actions passe nécessairement par une démarche conjointe de l'ensemble des acteurs, et en particulier par le développement des pratiques d'écoconsommation. Pour favoriser ce type de démarches, le CNE s'est lancé, avec ses adhérents, dans l'élaboration de manuels spécialisés par marchés. Les deux premiers concernent les yaourts et les produits laitiers ultrafrais d'une part, les produits d'entretien de la maison et d'hygiène de la personne d'autre part.Dans le domaine des produits laitiers ultrafrais, les opérations de réduction à la source concernent soit le pot unitaire, soit le suremballage. Ainsi, Crème de yaourt de Danone a vu le poids de son pot plastique passer de 9 à 7 grammes, et son suremballage de 15 à 12 grammes, soit une économie globale de l'emballage consommateur de 20 % ;le pot de fromage blanc d'un kilo de Câlin de Yoplait a été réduit de 24 à 22,5 grammes, soit de 6 %. Nestlé s'est intéressé au passage du polystyrène standard au polystyrène expansé, qui permet de gagner 7,4 % sur le poids total du pot de yaourt, et a retravaillé le suremballage de ses crèmes dessert en le réduisant de 30 %.

Réduction à la source La preuve par l'exemple
Avant, après : des cas de réduction à la source de l'emballage

Côté suremballage, les industriels se sont en effet attachés à réduire le grammage du carton, à diminuer sa surface, à supprimer les intercalaires séparant les pots superposés,ou encore à renoncer intégralement au suremballage lorsqu'il ne remplit pas de fonctions techniques comme le regroupement ou le support d'informations.Au final,les cas étudiés par l'atelier qui a débouché sur l'élaboration du guide ont permis un gain de 1 609 tonnes de matériaux par an.Les membres de l'atelier estiment que "de nouvelles initiatives doivent être lancées"et leurs entreprises s'y sont d'ailleurs engagées.

Les 5 propositions du CNE au Grenelle de l'environnement

1 - Généraliser la mise en oeuvre des référentiels d'écoconception et des guides de bonnes pratiques élaborés au CNE en leur assurant une plus large diffusion,tant au sein des entreprises pionnières,par l'implication des différentes fonctions parties prenantes, qu'auprès d'entreprises de plus petite taille, moins familières de l'approche ; par exemple en organisant une journée annuelle "marketing, emballage et environnement" sous l'égide du Medad (ministère de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement durables).

2 - Faire la chasse aux fausses bonnes idées en apportant robustesse des informations et rigueur méthodologique. Confier au CNE, reconnu par tous comme une instance d'expertise dans le domaine de la prévention des déchets d'emballages pour la rigueur qui préside aux travaux qu'il conduit et pour la concertation qu'il a instaurée entre l'ensemble des acteurs du secteur d'une part et les pouvoirs publics d'autre part, l'étude des problématiques relatives aux emballages des biens de grande consommation (cf. les ateliers du CNE pour les suremballages, les écorecharges, les vides techniques).
Veiller à la pertinence et à la cohérence des messages à communiquer au grand public (cf. écoconception et écoconsommation) par une consultation multipartite.

3 - Concentrer les travaux à venir sur une sélection objective de produits et/ou marchés de PGC permettant de prévenir significativement la production de déchets d'emballages. Il importe de souligner qu'au regard de la situation concurrentielle, les efforts d'écoconception et leurs applications concrètes devraient dans certains cas (de ruptures) être mis en oeuvre par l'ensemble des acteurs pour une même famille de produits, tout en tenant compte de la dimension européenne ou internationale des marchés concernés.

4 - Soutenir la création d'un observatoire national pour le secteur des emballages de PGC avec l'ensemble des parties prenantes, qui pourrait s'inspirer des études réalisées en la matière par l'Ademe, le CNE et Eco-Emballages.

5 - Amplifier la sensibilisation des entreprises à l'écoconception et à la prévention des déchets d'emballages par la communication de leurs démarches dans leurs rapports d'activité annuels. Les inciter à intégrer leurs engagements volontaires et leurs réalisations (objectifs de réduction des déchets, tableau de bord de suivi,"pack ratio", illustrations exemplaires certifiées :cf.catalogues du CNE) dans une rubrique "emballages" de leur rapport développement durable ou de leur rapport annuel,ou de leur communication institutionnelle.

L'étude du CNE confirme le réel "découplage" entre la consommation des produits, qui a progressé de 6 % durant la période 1997- 2006, et les tonnages d'emballages, qui ont diminué de 14 %.

Jouer sur le produit ou son conditionnement

Dans le domaine des produits d'entretien et d'hygiène, une des avancées majeures qui a permis la réduction à la source des emballages ne provient pas directement de l'emballage mais de la conception du produit lui-même.En effet,les procédés de concentration des produits induisent mécaniquement une diminution de l'emballage,de l'ordre de 10 % pour les lessives en poudre classique, de 27 % pour les poudres compactes chez Unilever. Par ailleurs, le développement des produits en tablette favorise le juste dosage par les consommateurs, et engendre, à nombre de lavages identique, une diminution des emballages supérieure à 50 % par rapport à la poudre standard et de 15 % par rapport à la poudre compacte. Le secteur a également effectué d'importants efforts pour réduire ses "vides techniques", c'est-à-dire le volume d'emballage nécessaire au remplissage de produits pulvérulents ou de liquides moussants.Les solutions ? Henkel a opté pour un système de remplissage inversé permettant de placer le doseur avant la poudre, augmentant, avec de nouveaux formats de boîtes,le taux de remplissage de 11 à 16 %. De même dans les liquides, un remplissage par le fond du flacon,via une canule plongeante,a limité la production de mousse chez Procter & Gamble.

Réduction à la source La preuve par l'exemple

Le guide technique du CNE s'est également intéressé aux écorecharges, aux blisters des brosses à dents, aux tubes de dentifrice ! Globalement, les travaux ont conduit à une économie de 9 240 tonnes de matériaux. Autant d'exemples qui témoignent que la réduction à la source des emballages n'est pas un voeu pieux. Reste que ces efforts sont fort méconnus : pourrait-on les transformer en avantage marketing ? "Les consommateurs achètent un produit emballé pour lui-même, et non pas un emballage vide", tempère Olivier Labasse. Qui souligne néanmoins que "déjà,les entreprises peuvent mettre en avant ces démarches dans leurs publications institutionnelles et leurs rapports environnementaux". Un travail d'information reste à approfondir pour favoriser les échanges avec les équipes marketing ainsi que pour diffuser ce type de messages dans le tissu des PME."Ce sont plutôt les entreprises matures et de taille importante qui ont été les premières à investir dans l'écoconception", explique Olivier Labasse. "La diffusion des bonnes pratiques au sein de leur service marketing, comme auprès des PME est en cours" ; comme en témoigne la réunion que le CNE, l'Ademe et Eco-Emballages ont coorganisée en octobre 2007 à la demande de Nathalie Kosciusko-Morizet,secrétaire d'Etat à l'Ecologie.


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